La République a brûlé toutes ses cartouches

Deux experts de l’économie, Patrick Artus et Marie-Paule Virard, ont écrit récemment un livre intitulé « Croissance zéro, comment éviter le chaos ? ». Ils démontrent, nombreux chiffres à l’appui, que la croissance annuelle du PIB dans les pays occidentaux, qui était, à une époque lointaine, de l’ordre de 5%, voire davantage, est progressivement tombée à 2%, puis 0,5% avec une asymptote à zéro.

En clair, nous sommes déjà entrés dans la période de la croissance zéro

Les auteurs analysent cinq causes de la fin de la croissance. Premièrement, la perte d’efficacité de la R&D. Non seulement nous ne connaissons plus de grandes découvertes comme celles de l’électricité ou de l’automobile, mais le coût de la recherche est de plus en plus élevé. En d’autres termes, nous sommes entrés dans une période de rendements décroissants.
Deuxième cause : l’augmentation de l’intensité capitalistique. Cela signifie qu’il faut des équipements industriels de plus en plus sophistiqués et de plus en plus chers pour obtenir un produit. En d’autres termes, le rapport capital investi sur PIB ne cesse de croître d’une année sur l’autre. Troisième cause : la progression du tertiaire au détriment de l’industrie. Par exemple en France, alors que la part de l’industrie dans le PIB était de 25% il y a trente ans, elle n’est plus aujourd’hui que de 10%. Or la productivité est bien plus forte dans l’industrie que dans les services. Nous assistons donc à une baisse tendancielle de la productivité.
Quatrième cause : la décroissance du niveau de qualification de la population active. L’industrie demande en général une bien plus grande qualification que les services. Une baisse relative de la part de l’industrie dans le PIB conduit donc naturellement à un nombre décroissant de personnes hautement qualifiées et, en conséquence, une moindre capacité du pays à innover. Cinquième cause : les illusions sur le rôle des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication) dans l’économie. Internet a multiplié les flux de communication, mais n’a pas transformé l’industrie.
Pendant des siècles, et même des millénaires, l’humanité a vécu dans une économie à croissance zéro. Est-ce si grave d’y revenir ? Oui, disent les auteurs, car le gros avantage de la croissance est qu’elle permet, en principe, de réduire les inégalités. Tandis que dans une économie à croissance nulle, le risque est fort que les groupes sociaux entrent en conflit violent pour avoir leur part du gâteau. Et les auteurs rappellent que « trois Français sur quatre prédisent que, dans les dix ans qui viennent, les tensions se multiplieront entre les groupes composant la société ».
Et de citer les plus importants risques de tension : le partage salaires/profits, le partage entre revenus du capital et revenus du travail, le partage précaires/qualifiés, le partage prêteurs/emprunteurs et le partage actifs/retraités.
La seule solution mise en œuvre pour relancer la croissance, par la FED d’une part, par la BCE d’autre part, est la planche à billets, pompeusement appelée « quantitative easing », et elle a échoué car elle n’a fait que favoriser les détenteurs d’actifs au détriment du peuple au travail.

Dans tous les pays occidentaux, la république a déjà brûlé ses dernières cartouches

Les peuples n’accepteront un certain partage du gâteau que s’ils sont convaincus que le pouvoir en place agit avec équité. La république a largement prouvé qu’elle en est incapable et c’est pourquoi 75% des Français ne font plus confiance à l’Etat, ni à la république ; 88% d’entre eux rejettent catégoriquement les partis politiques et 50% ne croient plus à la démocratie et souhaitent avoir à la tête du pays « un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du parlement ni des élections ».   

Le temps est venu du retour à la royauté

Comment ferait le roi ? Ce sera l’objet d’un prochain article.

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