Que penser de la retraite à points ?

Le grand avantage de la retraite à points, selon Emmanuel Macron, est que c’est un système universel, applicable à tous. Et voilà que le gouvernement, à la suite de la levée de boucliers, accepte des exceptions : les cheminots, les agents de la RATP, les pilotes et hôtesses de l’air, les contrôleurs aériens, les militaires et les gendarmes, les policiers, les enseignants, les danseurs de l’Opéra de Paris, le personnel soignant, les routiers et les salariés de l’énergie (Le Figaro du 6/01/2020). Longue liste de onze exceptions, à laquelle on pourrait sans doute ajouter les agriculteurs.
Douze exceptions, c’est la démonstration que vouloir imposer à tous le même système est irréaliste.

Le système de la retraite à points doit être abandonné

Là où Edouard Philippe a tout à fait raison, c’est qu’il faut arriver à un équilibre financier. Les syndicats – certains, tout du moins – proposent d’augmenter le niveau des cotisations, tandis que le gouvernement défend, timidement, l’idée que c’est le nombre d’années de travail qui doit être augmenté. La première solution – l’augmentation des cotisations – est absurde car elle conduit à alourdir les charges salariales et, en conséquence, à augmenter les risques de chômage. Voilà où conduit la démagogie ! La solution gouvernementale – l’allongement de la durée du travail – est bien plus cohérente, sauf qu’Edouard Philippe se cache derrière l’artifice de l’âge-pivot pour éviter d’en parler ouvertement. Pourquoi ne pas dire franchement que nous devons prendre l’exemple de l’Italie, qui a fixé le départ en retraite à 67 ans ?

Nous ne sommes pas là pour apporter la solution miracle. Ce serait en effet tomber dans le même travers que Macron, qui raisonne en technocrate. Constatons simplement que le rejet par des millions de personnes de ce système converge avec l’enseignement de la doctrine sociale de l’Eglise : donner la parole aux corps intermédiaires.

Rendre le pouvoir aux corps intermédiaires

Appliquer le principe de subsidiarité – ce que tous ces énarques qui nous dirigent refusent absolument de faire – consiste à donner pleins pouvoirs aux corps intermédiaires pour gérer eux-mêmes leurs caisses de retraite. Et cela interdit, bien entendu, que l’Etat y mette son nez afin de « déshabiller Pierre pour habiller Paul ».
La retraite par répartition est un bon système, qu’il ne faut surtout pas abandonner, surtout quand on voit comment sont gérés les fonds de pension : ou bien ceux-ci imposent des règles de gestion démentielles aux sociétés dont ils sont actionnaires, ou bien ils font faillite, et les cotisants concernés voient leur retraite fondre comme neige au soleil.

Faisons de l’arithmétique, et non de la politique

L’âge de départ à la retraite – nous raisonnons pour le moment hors de toute spécificité propre aux travaux pénibles – peut donc être variable selon la corporation concernée. Ce que doit seulement faire l’Etat, c’est de fixer comme objectif un ratio entre le nombre d’actifs et le nombre de retraités. Dans les années 50, ce ratio était de l’ordre de 4 : il fallait 4 salariés pour financer une retraite. Ce rapport 4 pourrait effectivement être l’objectif à atteindre.
Prenons un exemple. L’espérance de vie est actuellement de 79 ans pour les hommes. Dans l’hypothèse d’un départ en retraite à 67 ans, la durée moyenne de la retraite est de 12 ans. Si l’on imagine une entrée dans la vie active à 19 ans, le nombre moyen d’années de travail serait alors de 48, ce qui établit, là aussi, un rapport 4. Remarquons au passage, qu’on connaît alors le taux de cotisations : un seizième de la masse salariale, soit environ 6% (en supposant, cas idéal, que le montant de la retraite se situe au même niveau que l’ancien salaire).
Donc il est tout à fait possible que les corps intermédiaires gèrent eux-mêmes leur caisse de retraite, en utilisant l’âge de départ en retraite comme variable d’ajustement. Etant donné que l’espérance de vie des hommes et des femmes est différente, il faudrait inventer une règle correctrice pour que les femmes ne soient pas lésées du fait d’une espérance de vie supérieure.
Il reste deux questions de fond : la règle définissant le montant de la retraite (calcul sur la base des dix dernières années, des vingt-cinq dernières années, etc.) et la réponse à donner aux travaux pénibles.
Sur le premier point, là encore, chaque corps intermédiaire est tout à fait capable de définir ses propres règles. La règle actuelle appliquée dans certains « régimes spéciaux » (calcul sur la base des six derniers mois) est une aberration que les syndicats ont imposée en profitant d’une situation leur permettant d’exercer un chantage sur les pouvoirs publics. La masse salariale de chaque corporation, associée au facteur 4 vu plus haut (ce n’est qu’un exemple) détermine le montant global des retraites à distribuer.
Reste la question des travaux pénibles. Laissons à l’Etat le soin d’établir la liste précise de ceux-ci. Celle-ci doit être établie selon une logique de recherche du bien commun, ce que ne fait pas le gouvernement actuel, qui prétend que soulever de lourdes charges, notamment, n’est pas considéré comme un travail pénible. Il est normal que les travaux pénibles donnent droit à un départ à la retraite anticipé. Sur ce plan, une intervention de l’Etat est nécessaire, qui déterminerait un taux de cotisation, par exemple 1% à ajouter aux 6% vus ci-dessus, révisable chaque année en fonction des évolutions technologiques.
Voilà, nous semble-t-il quelques règles simples basées sur la recherche du bien commun. Il est clair que seul un roi, lieutenant de Dieu sur terre, aura la légitimité pour faire adopter par tous une telle approche de la question des retraites.


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